vendredi 11 août 2017

Les yeux de l'amour

Pour garder un oeil sur tout ce qui vous est cher...

jeudi 3 août 2017

Haïr infiniment pour aimer sans limite




" Durant ces mois d'exil, enfermée dans cette cuirasse de douleur, je ne m'étais plus caressée. Aveuglée par la terreur, j'avais oublié que j'avais des seins, un ventre, des jambes. Alors la douleur, l'humiliation, la peur n'étaient pas, comme elles le prétendaient, une source de purification et de béatitude. C'étaient de répugnantes voleuses qui la nuit, profitant du sommeil, se glissaient à votre chevet pour vous ôter la joie d'être vivante. Ces femmes ne faisaient aucun bruit quand elles passaient à côté de vous ou entraient et sortaient de leurs cellules : elles n'avaient pas de corps. Je ne voulais pas devenir transparente comme elles. Et maintenant que j'avais retrouvé l'intensité de mon plaisir, jamais plus je ne m'abandonnerais au renoncement et à l'humiliation qu'elles prêchaient si hautement. J'avais ce mot pour combattre. Et dans mon exercice de santé  – je l'appelais désormais ainsi en moi-même  –, dans la chapelle, le chapelet entre les doigts, je répétais : je hais. Penchée sur le métier, sous le regard éteint de soeur Angelica, je répétais : je hais. Le soir avant de dormir : je hais. Ce fut à partir de ce jour-là ma nouvelle prière."                          

(Goliarda Sapienza, L'art de la joie, Le Tripode, p. 65)

*** 

L'art de la joie est un pavé de 800 pages, une arme de décontrition massive, à lancer à la gueule de la famille, la religion, l'hétérocentrisme, le réformisme et la reddition tous domaines confondus. Son auteure, Goliarda Sapienza, n'est pas née pauvre, dans les plaines marécageuses de Sicile, un 1er janvier 1900, d'une mère taiseuse et d'un père, au mieux absent, au pire libidineux, trainant une enfance de souillon curieuse et affamée, comme son héroïne, Modesta, mais à Catane, face à la mer et aux pentes fertiles de l'Etna, en 1924, d'un couple d'intellectuels antifascistes. De son père anarchiste, Goliarda héritera d'un athéisme viscéral, dans une Italie infestée de bigotes, et d'un amour pour la liberté que même l'Amour ne parviendra jamais à négocier. Actrice, écrivaine, voleuse occasionnelle, Goliarda Sapienza connaîtra la prison et de cette expérience naîtront sa passion pour une femme et un roman autobiographique : L'université de Rebibbia. Morte en 1996 d'une mauvaise chute dans un escalier, Goliarda Sapienza est l'alter ego que Lilith vient de se découvrir, immédiatement intronisée au rang des soeurs de sang qui peuplent son imaginaire et lui donnent la force d'espérer encore du genre humain.
Après avoir défloré chaque page de ce livre comme autant de promesses de surprises, de plaisirs, d'audaces et d'émotions, on ne tourne pas la dernière sans un pincement au coeur. Alors à toutes celles et ceux qui n'ont pas encore lu L'art de la joie : quelle chance vous avez !..

samedi 22 avril 2017

C'est mon choix !



« Plus de gouvernement, cette machine à compression, ce point d'appui au levier réactionnaire.
Tout gouvernement – et par gouvernement, j'entends toute délégation, tout pouvoir en dehors du peuple – est de son essence conservateur – conservateur-borne, conservateur-rétrograde, – comme il est de l'essence de l'homme d'être égoïste. Chez l'homme, l'égoïsme de l'un est tempéré par l'égoïsme des autres, par la solidarité que la nature a établie, quoi qu'il fasse, entre lui et ses semblables. Mais le gouvernement étant unique et par conséquent sans contrepoids, il en résulte qu'il rapporte tout à lui, que tout ce qui ne se prosterne pas devant son image, tout ce qui contredit ses oracles, tout ce qui menace sa durée, tout ce qui est progrès, en un mot, est fatalement son ennemi.(...)
Et n'espérez pas de meilleurs hommes, un choix plus heureux. Ce ne sont pas les hommes, c'est la chose en elle-même qui est mauvaise. Selon le milieu, la condition où ils se meuvent, les hommes sont utiles ou nuisibles à ceux qui les entourent.
Ce qu'il faut, c'est de ne point les placer en dehors du droit commun, afin de ne point les mettre dans la nécessité de nuire. Ce qu'il faut, c'est de ne point se donner de pasteur si l'on ne veut être troupeau, point de gouvernants si l'on ne veut être esclaves.
Plus de gouvernement, et alors plus de ces ambitions malfaisantes qui se servent des épaules du peuple, ignorant et crédule, que pour en faire un marche-pied à leurs convoitises. Plus de ces candidats-acrobates dansant sur la corde des professions de foi, du pied droit pour celui-ci, du pied gauche pour celui-là. Plus de ces prestidigitateurs politiques jonglant avec les trois mots de la devise républicaine, Liberté, Egalité, Fraternité, comme avec les trois boules qu'ils font passer sous les yeux des badauds et qu'ils escamotent ensuite au fond de leur conscience, cette autre poche à malice...
Plus de ces saltimbanques de la chose publique qui, du haut du balcon des Tuileries ou de l'Hôtel de Ville, sur les tréteaux d'une Convention ou d'une Constituante, nous font depuis tant d'années assister aux mêmes parades, à la pasquinade de la meilleure des républiques, et qu'il nous faut toujours finir – pauvres niais que nous sommes – par payer de nos sueurs et de notre sang. (...)
Duègne édentée, Mégère aux doigts crochus, Méduse au front couronné de vipères, Autorité ! arrière et place à la liberté !...
Place au peuple en possession directe de sa souveraineté, à la commune organisée.»


(Joseph Déjacque, La question révolutionnaire, extrait du texte Du gouvernement,1854, édité sous le titre A BAS LES CHEFS par les éditions Champ Libre)

mardi 14 février 2017