
(Ruine, Made in costland.)
Samedi
14 mars, fin d'après-midi, Ruine décroche ses tableaux, et Lilith se rend chez
Fatalitas pour récupérer celui qui lui revient. Sur place, un paquet l'attend :
quelques doux Amer (6ème du nom),
des cartes postales de LMG, et le dernier-né des Âmes d'Atala : Théorème de
l'assassinat, de Jean Streff.
Lilith
embarque le tout dans un grand sac en plastique à rayures – spécial exode, ou fin du monde – qu'elle pose immédiatement dans le bar d'en face, le
temps de s'en jeter un, deux trois, quatre, pour la route... Puis, son cabas
bien en main, elle file chez un ami cuisinier qui l'honore d'un repas fin.
Ajoutez à cela qu'il s'agit de retrouvailles après quinze ans d'absence, et
vous comprendrez que les bouchons sautent jusqu'à l'aube, au même rythme
effréné que les langues se délient et les souvenirs remontent à la surface.
Le
retour se fait dans un trou noir –
genre faille spatio-temporelle – mais au réveil, le sac est là, qui trône au pied du
lit.
Lilith
n'a pas mal au crâne, elle n'a plus de crâne ; pas davantage mal au ventre ou
au coeur. Elle est dans un ailleurs de son corps, qui – par ailleurs –
prendrait quand même bien un café. Dans un ralenti à la Peckinpah, elle accomplit
tout le rituel du matin – à trois heures de l'après-midi – et pas peu fière, se
remet au lit, et décide qu'aujourd'hui, elle ne le quittera pas.
Elle
tire à elle le sac plein de promesses, découvre avec plaisir les dessins de
LMG, et dévore d'une seule traite le Théorème de l'assassinat.

(LMG, Chair(e) de poule 16, dessin, sang et graphite, 2013.)
Dévorer,
c'est ça ! Ce livre relève du cannibalisme, ou révèle à qui le lit le cannibale
qui est en lui. Un texte au pouvoir étrange, qui fit – dès les premiers mots – poser la main droite de Lilith sur son sexe, sans jamais la retirer,
jusqu'à la dernière ligne ; pour se rassurer ou pour s'exciter, les deux sans
doute, ou peut-être rien de tout ça, juste l'évidence d'une jonction
instantanée de l'esprit et du corps. Une prose qui travaille le lecteur(trice)
comme un pallium cérébral, la torture résidant dans le fait de ne jamais savoir où l'on se
situe, entre le voyeur, le complice ou le bourreau. L'envie que ça cesse, que
ça continue, que ce soit pire, que ce pauvre gosse s'en sorte, ou qu'il
s'enfonce. Un peu la même impression que celle qu'avait faite à Lilith le film
Calvaire de Fabrice Du Welz : de
la gêne, mélée de délectation... Bien sûr, il y est question d'assassinat et, même si l'on retrouve l'obsession de Rodion, "héros" de Dostoïevski,
dans Crime et châtiment : cette
peur de se trahir tout seul, le crime – ici – n'est pas crapuleux, ou plutôt,
si, il l'est, mais comme une sieste alors... L'assassinat n'est pas ciblé,
"de toute façon tu t'en moques : l'âge, le sexe, la race, la beauté, la
situation sociale, la religion de la victime t'importent peu. Ce que tu veux,
c'est tuer, n'importe qui, mais tuer. Agir enfin."
Jean
Streff règle ici ses comptes. Ce n'est pas UNE vie qu'il assassine, c'est LA
vie, et chacun est à même de l'incarner. Il plonge sa plume dans le sang, pour
le plus grand plaisir de celles et ceux qui se laisseront emporter par
l'onirisme de ses descriptions hallucinatoires, où le crime parfait semble élaboré
sous trip.
Théorème
de l'assassinat est une oeuvre
dyskinésique, les illustrations de Richard Laillier (pierre noire et gomme
magique) parachevant le malaise. Un livre qui fait appel à tous les sens, dans
tous les sens. Peut-être est-ce cela le livre réel : le graal
de Mallarmé, enfin découvert par Jean Streff, le mal aimé !

En librairie : 11 €.
Ailleurs : prix
libre.
La main droite d'une sainte femme est plus créative encore que tous les beaux-arts assassins.
RépondreSupprimerD'ailleurs, il est l'heure: au lit.
Mes hommages depuis l'hors sol, dame Lilith, toutes chèvres égales par ailleurs.
D'autant que cette main peut aussi assassiner …
RépondreSupprimerMes sanglants hommages, Marquis.